ENCRES ET DÉCORS 2014
 
Vign_1

                       La face cachée de Don Quichotte  encre 32/44

 

 

LA FACE CACHÉE DE DON QUICHOTTE

 

Les dessins à l’encre de Jean-Pierre Benzékri sont à voir sous un double regard. De loin, ils sont la cartographie d’une terre sublimée avec ses golfs, estuaires, fjords et déserts captés par le tremblement de millions de courbes de niveau. La planète se dévoile en noir et blanc. Ou bien, est-ce au contraire le relief accidenté qui regarde son ciel de nuages tremblants, de nébuleuses et de galaxies. Hermès Trismégiste nous enseignait déjà dans l’antiquité gréco-égyptienne que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ». Son hermétisme soutient l’existence d’un monde caché qui en est le substrat, la substance et l’ultime réalité des choses. Il est le rassembleur des apparences et le secrétaire de Dieu.

Point de couleurs illusionnées. Le noir ne ment pas.  Il est celui de toute écriture certaine de tracer sa parole en un travail de contraste. Passage du chuintement parlé à son écriture. Il faudra attendre l’invention de la photographie, pour avoir la possibilité de regarder le réel en négatif. D’inverser l’apparence du monde en un monde à révéler.

Les graffitis  de Benzékri sont des compulsions en quête d’un texte. Un récit, ni illustratif, ni narratif. Il avoue lui-même que tout son « effort » passif dans la vie est de travailler sur l’oubli. Voilà qui est bouleversant en des temps de simulacre et de communication tous azimuts. Étonnamment cette marche vers l’oubli surgit sous le feu d’une secrète alchimie. Elle se transforme en un retour de mémoire qui n’apparaît que lorsque l’on quitte la distance des Dieux pour entrer dans la proximité humaine du dessin.

Et là le Cosmos chute, la cartographie du monde s’éclipse et l’œil posé contre le trait fait découvrir des millions de cryptogrammes. Ces tentations primitives venues d’Orient de raconter le réel par des marques qui suggère l’apparence mais ne s’y piège pas. Le cryptogramme deviendra lentement  idéogramme c’est à dire un montage métaphorique de signes pour donner du sens. Tel est le génie des écritures de Chine, de Corée et du Japon. Mais la pulsion de Benzékri se refuse d’aller jusqu’au montage idéogrammique cohérent de signifiés qui ferait mots et phrases. Il reste dans la pulsion qui se refuse à nommer le monde pour en préserver une sorte d’utopique innocence.

Ainsi de près, voila des corps humains qui plongent ou qui fuient, des flammes qui détruisent, des bras, des torses qui appellent des présences de vieux maîtres ou de femmes meurtries, agenouillées, des arbres brisés, des étoffes étalées, et dont il ne reste que la fibre microscopique étirée. De loin un cosmos. Des continents à la dérive. Des plaques tectoniques habitées de mousses et lichens.

 

Serge Ouaknine Metteur en scène et écrivain

Ancien directeur du programme de doctorat en art de l'université du Québec à Montréal       

 

26 décembre 2014

Décors esquisses le théâtre
contacter Jean Pierre Benzekri
Nom :
Prénom :
Email :
Message :
Veuillez recopier le texte
affiché dans l'image :

 

Le contenu de ce blog

est la propriété de jean Pierre Benzekri.

Toute utilisation n'en est autorisée qu'avec son accord.

Encre 2015
Encre 2014
Encre 2014
 

Scénographe de théâtre

 

"Monsieur Kairos"

de Fabio Alessandrini Création Scène nationale de Dieppe 2016

"À la table de l'éternité"

de Mohamed Kassimi,

Compagnie Isabelle Starkier, Avignon 2014.

 

“Tam-Taï”, Compagnie Karine Saporta,

Festival danse contemporaine, théâtre de Suresnes.

 

“La voix de l’arbre”, Compagnie Théâtro di Fabio, 

Mise en scène Fabio Allessandrini.

Dessins et création vidéo, théâtre de Compiègne.

 

“Rousseau juge de Jean-Jacques”,

Compagnie Le Théâtre de l’Arbre, Scénographie.

Mise en scène Jean Francis Morel. Genève.

 

Festival de théâtre juif, Varsovie, “Juste le temps de faire des petits bagages”

d'Emmanuel Robert-Espalieu et Alix Landau-Brijatoff, création vidéo.

 

Théâtre de l'Etreinte "Oncle Vania", mise en scène William Mesguich

 

"Va savoir", atelier d’écriture animé par Aziz Chouaki,

Maison du Théâtre et de la Danse Epinay-sur-seine.

Mise en scène d Aziz Chouaki. Scénographie.

 

"Ana faÿza", Théâtre national de la Habima, Tel Aviv,

mise en scène Itzhik Saïdof.

 

"Yadja", compagnie la Rézéda, texte de Bianca Metzner,

mise en scène Zohar Wexler. Création au théâtre de l’Opprimé.

 

"Don Juan", mise en scène Daniel Mesguich, théâtre de l’Athénée.

 


 

 

© 2014
Créer un site avec WebSelf